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« Jamais je n’aurais pensé emmener mon patron devant les tribunaux »

  • Photo du rédacteur: Aurélya Bilard
    Aurélya Bilard
  • 21 juil. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 juil. 2025

Après plus de vingt ans passés au service communication et marketing d’un grand groupe, Malika B. est licenciée par son employeur. Elle se lance dans une procédure aux Prud’hommes pour obtenir une rupture de son contrat de travail ainsi que des indemnités. Finalement, c’est grâce à une procédure de médiation qu’elle obtient justice et réparation. Rencontre !

Remontons à l’époque des faits. Votre employeur vous propose un nouveau poste, mais cela ne se passe pas comme prévu. Vous êtes finalement licenciée. Comment êtes-vous passée d’une opportunité professionnelle à un licenciement ?


Malika B. : Je faisais partie de la direction marketing et communication d’un groupe où tout se passait bien. Pendant plus de vingt ans dans la même entreprise, j’ai connu des évolutions régulières, passant d’assistante marketing à responsable communication France puis International. Lors d’un entretien annuel, j’ai émis le souhait de changer de poste pour être davantage sur le terrain. La fonction de cheffe de marché m’intéressait, car les missions étaient tournées autour des clients, des produits et du marché. Avec mon expérience en communication, j’aurai pu avoir une vision à 360 degrés de mon environnement professionnel. Lorsqu’une cheffe de marché a changé de région, on m’a proposé le poste. Et c’est à partir de là que ma mésaventure a commencé. J’ai pris mes fonctions un peu avant l’été, mais dès la rentrée j’étais déjà noyée sous une pluie de reproches. Je n’avais pas vécu d’intégration, je n’avais pas suivi non plus de formation et pour couronner le tout, on m’avait éloignée des équipes. J’étais seule dans un genre de couloir aux fins fonds du bureau, sans communication avec qui que ce soit. A la fin de l’année, mon N+2 m’a dit que ça n’allait toujours pas et que c’était désormais une question de temps [avant que je sois licenciée].


Comment avez-vous réagi ?


M. B. : Je n’étais pas bien du tout pendant ces quelques mois. Quand je rentrais du travail, j’en parlais à mon mari, je ne comprenais pas les reproches qui m’étaient fait alors que j’étais en prise de poste et que j’avais toujours donné le meilleur de moi-même. J’ai fini par comprendre que c’était un cadeau empoisonné. Après ce rendez-vous avec mon N+2, mon médecin m’a mise en arrêt maladie. Lorsque j’ai repris le travail, on m’a demandé d’organiser en moins d’une semaine le séminaire commercial annuel qui nécessite au moins deux mois de préparation normalement. C’était infaisable. J’ai contacté mon avocate. Pour elle, l’entreprise essayait de me mettre en défaut. Elle m’a conseillé de me préserver et qu’il était temps de lancer une procédure. On ne voulait plus de moi au sein de l’entreprise, ma hiérarchie considérant que je n’avais plus le profil attendu. En étant une femme et ayant à l’époque la cinquantaine, je n’étais plus la personne idoine. Je suis restée très calme et pourtant, ce n’était pas facile. On m’accusait d’avoir enregistré mon N+1 ! Je m’en suis voulu de ne pas avoir réagit plus fortement, mais je ne voulais pas gâcher ce que j’avais vécu pendant plus de vingt ans. Quand vous n’avez pas fait une grande école, que vous êtes une femme, maghrébine, originaire de Seine-Saint-Denis (93), vous vous battez trois fois plus que d’autres. Mais là, je ne voulais plus me battre. J’ai préféré baisser les bras et laisser faire la justice.


Comment est née l’idée de recourir à un médiateur ? 


M. B. : Au début, avec mon avocate, nous sommes allées devant les Prud’Hommes pour demander une rupture de contrat de travail. Elle m’avait prévenu que je pourrais être déboutée, même si j’avais de solides arguments. Et c’est ce qui s’est passé. Nous avons donc fait appel. Il s’était déjà passé deux ans depuis mon licenciement. Je savais que je me lançais dans une procédure qui pouvait durer encore entre 18 et 24 mois. C’était long, mais j’étais prête à poursuivre dans cette voie. Puis, j’ai reçu un courrier vantant la procédure de médiation. Ça permettait d’arriver plus sereinement et rapidement à la clôture d’un dossier avec une gestion en huis clos. Chaque partie devait s’acquitter de 500 euros. Après en avoir discuté avec mon avocate, j’ai dit oui, car je pouvais gagner du temps et enfin passer à autre chose. Je n’ai pas hésité et j’ai payé ! L’employeur, lui, a accepté rapidement la médiation. Je pense qu’en appel, il aurait été jugé sur le fond et il y avait tous les éléments pour que j’ai gain de cause. La médiation leur a permis aussi de ne pas passer des mois à démontrer que j’avais tort. Au bout de six ou sept mois, nous avons trouvé un accord et fermé ce dossier.


Comment avez-vous vécu cette expérience ?


M. B. : Les réunions avec le médiateur sont pour moi des moments privilégiés, dans le sens où je me suis exprimée librement, naturellement, avec mes mots. Face à moi, j’avais une personne totalement neutre qui n’était pas là pour prendre position dans un sens ou dans un autre. À chaque fois, je pleurais parce qu’il y a beaucoup d’affecte. Je pensais terminer ma carrière dans cette entreprise et à la place, je me retrouvais au chômage à plus de 50 ans ! Je pensais à toutes les conséquences, qu’elles soient psychologiques, financières, sociales. Ce sont des réunions où j’ai pu évacuer ma colère et ma déception sans être jugée. Quand il y avait des échanges avec la partie adverse, le médiateur écoutait et remettait les choses dans leur contexte. C’était bénéfique, car j’avais le sentiment d’être écoutée et entendue. J’ai gagné du temps, un peu d’argent et ça a refermé une grosse blessure. J’en garde des cicatrices, car ça fait mal ce genre d’événements. Jamais je n’aurais pensé emmener mon patron devant les tribunaux. Je me suis souvent demandé comment on en est arrivé là. Heureusement qu’il y a des recours. Et je ne regrette pas un seul instant la médiation.


Comment avez-vous rebondi ? Comment vous êtes-vous reconstruite ?


M. B. : Mon mari a eu une opportunité professionnelle et nous avons quitté Paris pour nous installer en Normandie. Ce départ m’a permis de couper les ponts avec ce qui me rattachait à mon ancien emploi. Quelques mois après notre arrivée, j’ai trouvé un nouveau travail dans une structure sociale. Je m’occupais de personnes qui étaient dans une grande difficulté. Aider les autres, ça m’a fait du bien, et ça m’a éloigné de mes problèmes. Quelques années après, nous sommes revenus sur Paris pour des raisons familiales. J’ai mené ma barque professionnellement parlant, mais je suis dégoutée du monde du travail. A 62 ans, je m’apprête à déposer mon dossier pour prendre enfin ma retraite. Désormais, j’aide surtout mon mari qui crée une petite entreprise en parallèle de son activité salariée. Mes journées sont bien remplies et ça me suffit amplement.

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