Marque employeur : la parole est au service public - Et il a des choses à dire !
- Aurélya Bilard

- il y a 3 jours
- 4 min de lecture
Pendant des décennies, les collectivités locales n'avaient pas besoin de se vendre. Elles affichaient un poste et les candidats fonctionnaires venaient à elles naturellement. Ce temps est révolu. Car le service public n’échappe pas à la guerre des talents. Le storytelling employeur évolue pour attirer, accueillir et fidéliser les agents. Et ce, qu’ils soient contractuels ou titulaires. Travailler sa marque employeur est désormais un enjeu aussi bien pour le service public que pour les startups et autres grandes entreprises du secteur privé. Laurent Clementz, président de Jobpublic, nous éclaire sur cette nouvelle tendance.

Il y a trois ans et demi, Jobpublic naissait avec l’objectif de se mettre au service de l'attractivité du service public. Et pour causes, ses fondateurs avaient relevé un sérieux problème dans la narration proposée par ces institutions. Avant de parler des profils à recruter et de partager des offres d’emploi, il fallait que les collectivités, les villes, les départements mais aussi les régions et les ministères se racontent autrement.
Olivier de Brabois, ancien Directeur général des services (DGS) de département, Fursac et Anselin, un cabinet de recrutement spécialisé dans le secteur public local depuis trente ans, ou encore Laurent Clementz, dirigeant de sites emploi dans le secteur privé, ont donc uni leurs forces aux côtés d’autres acteurs pour booster la marque employeur de ces organisations.
« L’idée était de travailler un sujet un peu en déshérence, à savoir la notoriété, l’attractivité, du secteur public en particulier local et la marque employeur également avec des contenus et des formats du moment », explique Laurent Clement, président de Jobpublic. Il ajoute : « Ces entités publiques avaient vécu pendant des décennies un peu en vase clos et en attirant les candidats fonctionnaires assez naturellement. Ils avaient du choix, mais désormais, ils reçoivent moins de candidatures et ils ont élargi leurs cibles. »
Jobpublic ou le Welcome to the Jungle du service public
Comment attirer ces talents et les convaincre de rejoindre le public ? Pendant plus d’un an, les initiateurs du projet discutent, réfléchissent, analysent l’existant, notamment dans le secteur privé, pour s’assurer de proposer un service différenciant, innovant et répondant aux enjeux concrets du secteur public dont la réputation employeur est souvent mise à mal. Ne dit-on pas que les salaires y sont bas et la hiérarchie rigide ?
« On a regardé les initiatives qui existaient dans le secteur privé, par exemple Welcome to the jungle, qui était à un moment donné un espace indiscutable pour les startups. Il fallait y être présent, on y racontait des histoires d’employeurs avant même de proposer des postes. Nous étions animé par une dynamique similaire. Nous ne voulions pas être un énième site d’offres d’emploi. On voulait proposer autre chose, plutôt un écosystème. On a alors rassemblé pas mal de moyens, financiers et techniques, puis on a lancé Jobpublic », se souvient Laurent Clementz.
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Une offre d'emploi, c'est « extrêmement fade », poursuit-il. Ce que le candidat cherche vraiment, c'est à voir ce qu'il y a derrière la vitrine : « qui va l’accueillir ? Comment se passe une journée de travail ? Va-t-il s'y faire des amis ? Parce qu’aujourd’hui, l’environnement de travail compte beaucoup. » Des questions auxquelles les jobboards classiques apportent rarement une réponse. Or, le service public a des choses à dire en la matière.
Raconter, pas promouvoir
Pour Jobpublic, l'attractivité publique ne se construit pas par la promotion institutionnelle, mais bien par l’incarnation. « Au lieu de faire une belle plaquette pour parler de ce que l’on fait, il est préférable de faire parler celles et ceux qui mettent en place les politiques de la ville, du département, de la région, etc. », précise notre interlocuteur. « Un nouveau chargé de mission qui explique pourquoi il a rejoint une collectivité pour développer telle politique publique aura infiniment plus d'impact qu'un communiqué institutionnel. Les élus l'ont compris. Les cabinets également. »
Aussi, les offres d’emploi ne sont qu’un contenu parmi d’autres sur cette plateforme. En effet, aux côtés des 17 000 annonces (avec des postes ouverts aux contractuels sans concours préalable), les internautes découvrent des articles et vidéos réalisés par l’équipe composée d’une dizaine de personnes. Les portraits d’agents et leurs témoignages permettent aux candidats de se projeter plus facilement et de comprendre ce que signifie concrètement de mettre ses compétences au service de l’intérêt général.
Parallèlement, Jobpublic a lancé un trophée, Les Attractives, pour mettre en lumière les différentes initiatives réalisées sur le territoire en matière d’expérience collaborateur. Mise en place du congé menstruel. Les midis au musée. Accueil d’animaux de compagnie dans les bureaux. Sans négliger de structurer l’onboarding, la montée en compétences ou encore la mobilité interne. Les institutions publiques deviennent, elles aussi, force de proposition pour améliorer l’expérience au travail de leurs agents.
In fine, il s’agit de sortir des clichés et de se concentrer sur les opportunités, les avantages et les conditions réelles de travail afin que les candidats soient informés des possibilités de carrière et qu’ils aient envie d’envoyer leur CV. Il ne s’agit pas de copier les codes du privé en matière de marque employeur, mais de s’en inspirer, de les adapter aux réalités du service public et également d’innover en proposant de nouveaux formats.
Car des candidats prêts à sauter le pas, il y en a. D’après l’étude menée auprès de 15 000 citoyens par Jobpublic, Fursac et Anselin et Mon Avis Citoyen, 88 % d’entre eux affirment qu’ils se verraient bien travailler pour leur ville (78 % dans les mairies, 59 % dans les départements et 46 % dans les régions).
65 % disent être motivés par la proximité géographique du lieu de travail, quand 59 % évoquent le sens du service public et de l’intérêt général. La stabilité de l’emploi séduit 37 % des répondants.
La couleur politique ne semble pas un frein majeur pour rejoindre le service public. Seuls 18 % des répondants ont indiqué qu’ils auraient « du mal » s’ils ne partageaient pas les opinions politiques du maire.



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