« Je suis vieux et je vous emmerde » : le coup de gueule contre les discriminations liées à l'âge au travail
- Aurélya Bilard

- 21 avr.
- 3 min de lecture
Quand un cadre dirigeant refuse de disparaître en silence, son post LinkedIn viral devient un livre. À lire, à annoter et à glisser sur le bureau des recruteurs. Jean-Jacques Richard signe un coup de gueule salutaire contre l'âgisme au travail.

Tout commence par une frustration partagée en quelques lignes sur LinkedIn. Jean-Jacques Richard, cadre dirigeant, galère à retrouver un emploi après 55 ans et le dit avec la franchise de quelqu'un qui n'a plus grand-chose à perdre. Son post, intitulé "Je suis vieux et je vous emmerde", fait le tour du réseau social professionnel, récolte des milliers de vues et surtout déclenche des débats. Aujourd'hui, ce coup de gueule prend la forme d'un livre de 160 pages qui reprend le titre du post devenu viral. Et ça envoie du lourd !
Un manifeste qui va droit au but
Dix-neuf chapitres. Des punchlines qui jalonnent chaque page. Un style fluide et direct. On lit ce livre d'une traite. Au point qu'on pourrait penser parfois que l'auteur flirte avec la caricature. Lorsqu'il s'attaque par exemple aux algorithmes de tri des CV et écrit que ces outils sont souvent paramétrés par des personnes de 25 ans qui n'auraient qu'une connaissance théorique du management, on pourrait l'accuser de retourner contre les jeunes exactement ce qu'il dénonce. Erreur de lecture. Quelques chapitres plus loin, il leur adresse une lettre ouverte dans laquelle il reconnaît leur talent, leur capacité de résistance face à un monde de l'entreprise coercitif. Jean-Jacques Richard n'oppose pas les générations. En revanche, il pointe du doigt un système de recrutement déshumanisé.
Monde du travail : le passeport universel qui n'existe pas
Ce qui frappe en début de lecture, c'est l'aveu d'une naïveté désarmante. "[...] j'ai toujours cru que ces expériences, aussi riches que multiples, me serviraient à jamais de passeport universel dans le monde du travail." "J'étais en colère contre moi-même et toute la naïveté dont j'avais fait preuve. Moi, l'expert en analyse de risques, je n'avais pas vu le vent tourner ni arriver cette lame tranchante qui venait me frôler le cou."
Cette réalité qu'il découvre après 50 ans, les femmes, elles, la connaissent dès la quarantaine. Une femme de plus de 45 ans met en moyenne trois fois plus de temps qu'un homme pour retrouver un emploi. C'est le constat posé par Force Femmes, association qui accompagne depuis 2005 les femmes de 45 ans et plus en recherche d'emploi. Cette double peine, l'auteur lui consacre un chapitre en partageant les témoignages de Claire, Catherine et Isabelle qui ont vu les portes de l'entreprise se fermer sur elles. Le motif invoqué n'est jamais leur âge mais "une perte d'énergie" ou encore un management jugé "pas assez moderne".
Les discriminations au travail : âge, genre, origines and co
En France, 16 % des personnes de 55 à 69 ans ne sont ni en emploi ni à la retraite. Parmi elles, trois sur cinq sont des femmes. Seuls 58,4 % des 55-64 ans occupaient un emploi en 2023, contre 82,6 % des 25-49 ans. Les préjugés se renforcent lorsque les motifs de discrimination se cumulent : les seniors perçus comme étant d'origine étrangère déclarent deux fois plus de discriminations dans l'emploi que les autres (43 % contre 22 %), rapporte le Défenseur des Droits.

Je suis vieux et je vous emmerde, de Jean-Jacques Richard aux éditions Librinova, mars 2026.




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